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JEAN ORTIZ NOUS PARLE DES RÉVOLUTIONS EN AMÉRIQUE DU SUD

Samedi 15 décembre, les Amis de l’Humanité 11 ont invité à Narbonne  Jean Ortiz pour une Conférence –débat sur l’Amérique latine, et les changements que de nombreux pays, dont le Venezuela, la Bolivie, l’Équateur …connaissent en ce moment.

Nous avons pu l’interviewer à l’issue de la soirée.

Q- Tu dis qu’il y a une désinformation organisée sur ce qui se passe en Amérique latine, une diabolisation de Chavez et qu’il est important de mieux comprendre les changements qui se produisent là-bas : pourquoi cette  désinformation, et même, cette manipulation d’information ?

 Jean Ortiz – L’Europe est en train de vivre ce qu’a vécu l’Amérique latine dans les années 1990, à la suite du « Consensus de Washington », thérapie de choc qui lui a été  imposée par le Fonds monétaire international (FMI) la Banque mondiale, etc …  sous l’égide des USA.

Au nom de la lutte contre les déficits publics, ils ont poussé à la destruction des services publics , à la diminution drastique des investissements publics et des budgets sociaux, à la libre circulation des capitaux, à l’ouverture des frontières, aux privatisations… bref, à tout ce que les gouvernements européens veulent maintenant imposer aux Etats européens par le biais du nouveau Traité européen Merkosyllande.

Or, on sait maintenant que ces politiques ultra-libérales « d’ajustement structurel » ont conduit l’Amérique latine à la ruine : en 2001, il y a eu en Argentine la faillite des banques, la ruine des petits épargnants … Le fameux « corralito » … des millions d’Argentins perdirent leurs économies, leurs biens, leurs emplois ; cela a eu des impacts criminels sur la population – – tous les jours, des enfants mouraient de faim- Les populations se sont soulevées (Argentine, Équateur, Bolivie…), ont chassé des présidents ;  les dégâts sociaux, humains, ont été considérables.

Cette faillite des politiques imposées à l’Amérique latine  par le néo-libéralisme a conduit à son rejet massif, radical. La légitimité du modèle néo-libéral a été contestée violemment. Au Venezuela, en Equateur, en Bolivie, de véritables insurrections populaires ont eu lieu contre les pouvoirs en place.  En 1989, à Caracas, le président social-démocrate Carlos Andres Perez a fait tirer sur le peuple qui protestait contre la hausse des tarifs publics, des transports (3000 morts) ; en Équateur,  la « CONAIE » (Confédération des nations indigènes de l’Équateur) a organisé des soulèvements  qui ont forcé plusieurs présidents à fuir ;  en Bolivie, il y a eu de nombreux morts pendant ce que l’on a appelé la « guerre du gaz, la guerre de l’eau » (la lutte contre les efforts de privatisations de ces ressources naturelles ) : l’expérience de ces pays nous montre la faillite d’un système, celui qu’on veut nous imposer maintenant, et ensuite, qu’il est vraiment possible de faire autrement, s’il y a VOLONTÉ POLITIQUE.

Q- Comment est-on passé des insurrections populaires aux gouvernements actuels qui se réclament du socialisme ?

La victoire électorale de Chavez au Venezuela en 1998 a eu des effets de contagion, a ouvert une nouvelle étape.

A partir de ce moment, on voit un retournement de conjoncture : le « Consensus de Caracas », et non plus le « Consensus de Washington », grand retournement de conjoncture, marque un changement considérable : un véritable « changement d’époque ».

Ensuite, avec la victoire de Évo Morales, en Bolivie, de Rafael Correa en Équateur, toute une série d’élections est gagnée par la gauche.

Q- Qu’ont de « gauche » et de « socialiste », les politiques conduites par ces gouvernements ?

J.O.- Dans leur diversité, elles ont un point commun : elles rétablissent la primauté du politique. Le rôle de l’État est revendiqué, élargi, renforcé, investi massivement  dans les services publics, les budgets sociaux, la santé, l’augmentation des salaires. Du coup,  l’Amérique latine vit aujourd’hui avec un taux de croissance inédit et résiste mieux à la crise que tous les autres continents : parce qu’on a remis le politique aux commandes, dans l’état, dans tous les secteurs de la société, dans la maîtrise des ressources naturelles, notamment, parce qu’on a nationalisé ce qui avait été privatisé dans les années 1990 ;  parce qu’également, on a travaillé à une intégration continentale équilibrée, mutuellement avantageuse, « juste », sans aliénation de souveraineté nationale, tout le contraire des accords de « libre-échange » prônés par l’Union européenne ( notamment pour le Pérou et la Colombie, en ce moment) et qui ne sont rien d’autre que le moyen de piller les ressources des pays qu’on prétend développer !

C’est là que réside l’espoir  pour nous européens : on peut faire autrement que subir la crise et l’austérité, en sortant de ce que nous impose la  logique dictée par l’impérialisme américain, l’Europe du fric et le capitalisme financier international. Et c’est pour cela que les gouvernements actuels, américain ou européens imposent la désinformation en ce qui concerne l’Amérique latine, injurient, insultent ses gouvernants, qui refusent le capitalisme, et ont choisi le socialisme.

Q- Il y aurait alors un « modèle »,  pour un socialisme du 21° siècle, en Amérique latine ?

J.O.- Les gens qui impulsent ces changements sont très critiques par rapport aux expériences des pays ex « socialistes » d’Europe de l’Est qu’ils ont analysées et ne veulent se référer à aucun moment à un soi-disant-modèle. Notamment,  ils rejettent l’idée de gouvernement  par le Parti sans le peuple, l’étatisation excessive, la notion de socialisme d’état . Pour autant,  le passif du « socialisme réel » n’invalide pas la nécessité d’une alternative socialiste, qui est à inventer : c’est un « socialisme du 21° siècle », qu’il faut comprendre comme  à la fois horizon, chemin, à inventer,  à tracer, et chantier. Le Venezuela, la Bolivie, l’Équateur… sont des laboratoires, leurs expériences sont des tâtonnements, mais le cap est bien fixé : un socialisme, oui, mais endogène, interculturel, issu des racines et des valeurs des communautés indiennes, des « libertadors », de la « théologie de la libération », et du marxisme.

Q- Cette référence à Marx est-elle compatible avec les autres valeurs auxquelles se réfèrent ces peuples, et leurs gouvernants ? Par exemple, on prie, en ce moment, pour la santé de Chavez, au Venezuela…

J.O.-La référence à Marx est une composante, parmi d’autres.

Chavez se déclare marxiste, ET chrétien.

Et ce socialisme qui est à inventer, doit se nourrir des valeurs des communautés, parce que, dans ces pays, la communauté est la base de  la société.  Cela n’a rien à voir avec le communautarisme au sens européen.

Par exemple, au Venezuela, depuis Chavez, dans les villages, il y a à la base les « conseils communaux «  qui prennent les décisions. C’est eux  qui reçoivent les budgets, qui les gèrent, qui choisissent les priorités, qui débattent, et leurs responsables sont révocables à tout moment. Ils vont devenir en 2012-2013 les communes socialistes… …

Pour l’interview  et pour les Amis de l’Huma 11 : : Jacqueline Rougier

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