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L’EUROPE SOCIALE RESTE À QUAI par Jean-Paul Piérot

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    Il n’y a pas plus de raisons de regretter José Manuel Barroso qu’il n’y en a d’espérer dans l’élection, hier par les eurodéputés, de Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission européenne.

     Un ancien chef du gouvernement luxembourgeois – de droite – succède à un ancien premier ministre portugais – de droite. L’ordo-libéralisme, cette conception antidémocratique de la gouvernance européenne au service du dogme de la concurrence libre et non faussée des marchandises, des services et aussi des travailleurs, va donc rester la norme. L’Europe sociale reste à quai. À Strasbourg et à Bruxelles, rien de nouveau !
   Cet immobilisme résulte, direz-vous, du résultat des élections européennes, qui furent plombées par une vague massive d’abstention et une montée de l’extrême droite dans toutes les nuances du brun. Mais l’Union européenne souffre aussi du verrouillage politique de la cogestion des deux courants dominants, la droite libérale et le social-libéralisme qu’incarne majoritairement le Parti socialiste européen. Le PSE et une partie des Verts européens ont donc mêlé leurs voix pour assurer au conservateur luxembourgeois une large majorité après que la droite eut permis la réélection du social-démocrate allemand Martin Schulz à la présidence du Parlement européen. Ces mêmes combinaisons politiciennes vont se poursuivre pour la désignation du successeur d’Herman van Rompuy à la présidence du Conseil…
    Derrière ce théâtre d’ombres, on s’active dans le plus grand secret, dans un entre-soi réunissant responsables politiques et lobbys financiers, dans la préparation de traités visant à faire de la planète un champ de bataille globalisé de la guerre économique, de la course aux profits. C’est le cas du traité transatlantique, qui figure sur l’agenda de la Commission européenne et de l’ACS (accord sur le commerce des services), qui mobilise des négociateurs obscurs à la mission australienne de Genève. Leur arme, c’est le secret, la force des citoyens européens, c’est le débat.

POUR AIDER À UN DÉBAT SEREIN SUR UNE NOUVELLE DYNAMIQUE DU FRONT DE GAUCHE,QUELQUES ÉLÉMENTS D’ANALYSE À PROPOS DES EUROPÉENNES

ELECTIONS EUROPEENNES

Quelques éléments d’analyse
à propos des élections européennes

I – BREF RETOUR SUR LES EUROPÉENNES DE 2009

Les européennes de 2009 s’étaient déroulées huit mois après le déclenchement de la crise financière. Le temps était à la remise en cause du capitalisme et au retour de Keynes, voire de Marx. Elles avaient été marquées par une nouvelle progression de l’abstention et avaient vu la naissance du Front de gauche (FG), du NPA et d’EELV.

Avec le gain de deux députés1, le FG (6,17 % des exprimés en France métropolitaine) progressait de 0,81 %/exprimés par rapport au score du PCF en 2004. Il était talonné par le NPA (4,98 %). Le PS, déstabilisé par l’échec en 2007, avec 16,4 %, s’effondrait au profit d’EELV. Il perdait 12,5 % et 17 députés. EELV atteignait 16,28 %, soit une progression de près de 9 % sur 2004. Le Modem (8,43 %) perdait plus de 3,5 %. L’UMP (27,83 %) gagnait plus de 10 % et continuait à siphonner l’élec- torat FN. Après la présidentielle de 2007, le FN, avec 6,47 % et la perte de 3,3 % et de 4 députés, connaissait un second échec grave. Certains parlaient de « chant du cygne » du FN.

Avec la transformation par la magie médiatique de la crise du capitalisme financier en crise de la dette et de la dépense pu- blique, l’arrivée au pouvoir d’Hollande et la montée en puis- sance du FN, les européennes de 2014 se sont déroulées dans un tout autre contexte que celle de 2009.

II – L’ABSTENTION

Pour la première fois depuis 1994, l’abstention recule d’une eu- ropéenne à l’autre (-2,88 %). Cependant, avec 55,77 % des ins- crits, elle reste majoritaire. Ce recul de l’abstention affecte tous les départements sauf le Val-de-Marne et la Seine-Saint- Denis. Ces deux départements comptent parmi les plus faibles progressions du FN. Dans les zones de force et de progression du FN, la participation électorale augmente de manière consé- quente : Marne + 6,43 %/inscrits, Pyrénées-Orientales

+ 6,38 %, Orne + 6,05 %, Haute-Saône + 5,53%, Vosges
+ 5,45%, Alpes Maritimes + 5,36 %, Var + 5,36 %, Aube + 5,3 %, Haute-Marne + 5,13 %, Gard + 5 %. Les raisons du non-vote af- fiché par les abstentionnistes restent les mêmes que lors des autres scrutins : non intérêt pour l’élection, mécontentement vis-à-vis de la « classe politique » et de son système, mais aussi un profond rejet de l’Union européenne.
III – LE FRONT DE GAUCHE
Avec les élections européennes le FG vivait sa première élec- tion comparable. Sur la France métropolitaine, il passe de
6,17 % à 6,44 % (+ 0,27% et + 152262 voix), mais perd un dé- puté sur la circonscription Nord-Ouest. Sur les sept circons- criptions métropolitaines, il progresse dans cinq et perd dans deux.
Par rapport à 2009, le FG progresse en pourcentage par rapport aux exprimés dans 69 départements et en voix dans 83 d’entre eux. Le FG puise l’essentielle de son électorat chez les 18 à 59 ans et dans les professions intermédiaires. Il séduit 8 % des cadres supérieurs et ouvriers. Seuls 13 % des électeurs qui ont voté pour le FG, ont choisi de le faire pour sanctionner le gou- vernement.
Sur les exprimés, le FG a obtenu le vote de 56 % de ses sympa-

thisants, de 46 % des électeurs de Mélenchon en 2012, de 4 % des sympathisants du PS et 7 % des électeurs de Hollande, 1 % des sympathisants écologistes, 3 % de ceux du Modem et 2 % de ceux du FN. Par contre, 5 % des sympathisants du FG ont voté LO ou NPA, 4 % pour le PS, 16 % pour Nouvelle donne, 3 % pour EELV et 8 % pour le FN. Concernant les électeurs de Mélen- chon en 2012, 2% se sont portés sur LO ou le NPA, 11 % sur le PS, 13 % sur Nouvelle donne, 12 % sur EELV, et 3 % sur le FN2. Le FG est donc très légèrement au-dessus de son étiage de 2009, ce qui n’est pas rien dans le contexte actuel de déroute de la gauche. Mais les potentielles marges de progression sem- blent avoir été phagocytées par Nouvelle donne et l’abstention de nombre d’électeurs gagnés au moment de la présidentielle. Il ne profite pas des forts reculs du NPA, du PS et d’EELV. IV-LENPA

L’extrême gauche et singulièrement le NPA connaissent une vé- ritable déroute. Dans 67 départements où il était présent, le NPA recule partout, passant de 4,99 % à 0,4 % des exprimés (-767 580 voix). Reste à savoir où sont allées ces voix : dans l’abstention, au FG ? Mais il n’est pas à exclure que des voix du NPA se sont dirigées vers le FN, ce que semble indiquer les

27 % de sympathisants de Solidaires ayant voté FN (sondage IFOP-l’Humanité).
V – NOUVELLE DONNE
Cette nouvelle formation politique composite, se réclamant d’un fédéralisme européen keynésien et authentiquement de gauche, formée de socialistes et d’écologistes en rupture de ban, d’ex-compagnons de route du FG et de disciples d’Hessel, a réussi à rassembler 546 359 voix et 2,94 % des exprimés. Un obstacle objectif à ce que le FG rassemble au-delà de son socle européen de 6 % 3. Cette question renvoie aux déficits actuels de capacité du FG à s’élargir, à débattre avec d’autres et à ras- sembler grand angle.

VI- LE PS

Après les élections partielles, les municipales, coincé entre un désaveu de sa politique nationale et une campagne européenne schizophrène sur l’austérité, le PS connaît un nouveau naufrage électoral. Certes, en France métropolitaine, il ne recule que de 2,51 %, passant de 16,41 % à 13,90 % (-189 064 voix), mais ce résultat intervient après celui déjà catastrophique de 2009. Le PS recule dans 88 départements métropolitains, il ne progresse sur 2009 qu’à Paris (+ 4,47%, + 31 832 voix) et en Haute-Vienne (+ 3,04%).

VII – EELV

EELV subit un sévère recul qui doit être relativisé à l’aune de ces résultats exceptionnels de 2009. EELV est en régression sur tous les départements métropolitains (-7,34 % et -1 086 979 voix), passant de 16,28 % à 8,95 %. Elle est pourtant la forma- tion, juste après le FN, qui rassemble le plus ses sympathi-sants (71 %)4.
VIII – LE TANDEM MODEM/UDI
La comparaison entre les listes Modem-UDI de 2014 et les listes Modem de 2009 est brouillée par le fait que l’ancêtre de l’UDI, le Nouveau Centre, faisait liste commune avec l’UMP en

2009. Cependant, les listes Modem-UDI progressent par rapport aux listes Modem dans 56 départements, passant de 8,38 % à 9,93 % (+1,55 % et 428 606 voix). Le cœur de cet électorat se trouve chez les plus de 60 ans et les cadres supérieurs.

IX – L’UMP

L’UMP, contrairement aux municipales et aux élections par- tielles, ne profite pas de la déroute du PS en particulier et de la gauche gouvernementale en général. La fête est à la fois gâ- chée par la forte progression du FN et la résistance des listes Modem-UDI. C’est pourquoi, en dépit de la défaite de la gauche gouvernementale, l’UMP connaît elle aussi un revers en perdant en Métropole (-6,30 %), passant de 27 % à 20,7 %, soit 714 750 voix de moins. L’UMP est en recul dans 93 départements. Si elle a su mobiliser 74 % de ses sympathisants et 58 % des élec- teurs de Sarkozy, il n’en reste pas moins que 11 % de ses sym- pathisants et 15 % des électeurs de Sarkozy de 2012 ont cette fois voté FN.
X-LEFN
Avec 25,18 % des exprimés en France métropolitaine (+18,7 % et 3 579 953 voix), le FN est le vainqueur des élections. Il pro- gresse dans tous les départements. La plus faible des progres- sions est 6,61 % à Paris, la plus forte de 26,62 % dans l’Aisne. Le FN rassemble 30 % des votants chez les moins de 35 ans,
43 % des ouvriers, 38 % des employés et 37 % des chômeurs. Le FN mobilise plus de 90 % de ses sympathisants et des élec- teurs de Marine Le Pen en 2012. Les motivations de vote sont l’immigration, la volonté de sanctionner le gouvernement mais aussi les questions économiques et sociales. Dans ce résultat, les médias dominants en ouvrant en permanence leurs plateaux aux dirigeants du FN portent une responsabilité accablante.
Il ne faut ni banaliser ce résultat en le comparant à la prési- dentielle ou en le relativisant en regard du niveau d’absten- tion, ni paniquer s’imaginant que le FN est aux portes de l’Ély- sée, ni essayer de deviner si la motivation première des élec- teurs du FN est la phobie des étrangers, la détestation du gouvernement ou les questions sociales.
Il faut s’attaquer avant tout aux problèmes politiques graves que pose ce résultat, à savoir :
• L’amalgame dans le discours frontiste entre leur fonds de commerce d’origine raciste, des références historiques aux fi- gures progressistes de l’Histoire de France, et un discours éco- nomique et social parfois pompé intégralement sur le pro- gramme du FG. Cet amalgame est une machine de guerre pour disqualifier toute alternative progressiste au couple infernal social-libéral et libéral-social.
• La question d’une partie de la jeunesse populaire, pour qui le clivage gauche-droite n’a, au vu de leurs expériences sociales et politique, guère de sens et qui est travaillé par le multicul- turalisme à la sauce Dieudonné-Soral.
• L’amalgame entre l’insécurité lié à la délinquance et l’insécu- rité sociale.
• Les questions de nation, souveraineté, citoyenneté, démocra- tie ou, pour parler concrètement, comment je peux exercer ma souveraineté à l’échelle européenne ou mondiale ?
En conclusion, ces élections européennes reproduisent en l’exacerbant un rapport de force qui s’est installé dès les pre- mières élections partielles en décembre 2012. Elles sont l’ex- pression d’une situation politique bloquée et d’une grave crise de régime au niveau national comme européen.μ

Yann Le Pollotec secteur Élections du PCF

  1. MarieChristineVergiatdanslacirconscriptionSud-Estet Jean-Luc Mélenchon dans la circonscription Sud-Ouest. Notons que ce gain intervenait alors que la France, en ap- plication du Traité de Nice, perdait 6 sièges de député par rapport à 2004. En 2014, elle a regagné deux sièges qui fu- rent attribués à la seule circonscription Île-de-France en raison de l’ajout des Français expatriés à cette circonscrip- tion.
  2. SourceIPSOSsondagedeveilledescrutin.
  3. Avantl’émergencedeNouvelledonne,leFrontdegauche

    était donné dans les sondages à un niveau entre 9 % et

    10 %.

  4. Sondage IPSOS veilledescrutin.

Les électeurs de Mélenchon de 2012 sont aussi « abstentionnistes » que ceux de Hollande, les sympathisants actuels du FG ont été avec les partisans de l’UDI les plus mobilisés pour voter. Pour la mouvance de l’extrême droite, c’est le phénomène inverse, ce sont plus les électeurs de 2012 de Le Pen que les sympathisants du FN qui sont allés aux urnes.

 

Européennes : déclarations le 25 mai de Pierre Laurent et J.Luc Mélenchon

http://www.dailymotion.com/video/x1wpy7z

Elections européennes : l’émission officielle du Front de gauche

http://www.dailymotion.com/video/x1ukz78

EUROPÉENNES INTERVIEW D’ALEXIS TSIPRAS, candidat de la Gauche européenne à la présidence de la Commission Européenne

 

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ALEXIS TSIPRAS :  » LE SEUL VRAI CHOIX C’EST NOUS, LA GAUCHE EUROPÉENNE, OU ANGELA MERKEL »

La Gauche européenne a le vent en poupe. Ses listes pourraient réaliser de très bonnes performances au Portugal, en Grèce, en Irlande et à Chypre. Et flirter avec les 10 % dans nombre d’autres pays comme la France et l’Espagne. Au total, elle pourrait multiplier quasiment par deux le nombre d’élus (35). Son candidat à la présidence de la Commission européenne, Alexis Tsipras, pointe, dans un entretien avec L’Humanité Dimanche, les trois axes que défendra son groupe.

Qu’est-ce que peuvent changer ces élections européennes, dans un climat de forte défiance et de désenchantement vis-à-vis du projet européen ? Qu’apporterait un bon score du PGE ?

Alexis Tsipras. Nous devons désavouer par les urnes ceux qui ont imposé l’austérité, non pour solutionner la dette colossale de l’euro zone, car ils l’ont aggravée, mais pour réorganiser les économies européennes sur le modèle du capitalisme néolibéral.

Cette fois, le vote des citoyens européens va influencer l’évolution, non seulement de chaque pays isolément, mais de l’Europe dans son ensemble. Ces élections ont une importance historique. C’est le référendum d’une vie. Parce que l’Europe se trouve à un carrefour décisif. Ou elle continuera avec de l’austérité, du chômage et de la pauvreté pour de nombreuses années, avec moins de démocratie, ou elle changera de cap, avec du développement, de la justice et du travail décent, avec plus de démocratie. Notre sort tient dans notre vote. Et le seul vrai choix c’est nous, la Gauche européenne ou Angela Merkel. Plus forte la Gauche européenne sortira des urnes, plus profondément sera ébranlé le rapport de forces actuel en Europe qui impose l’austérité permanente. Plus forts nous serons, plus grande sera notre possibilité de négocier la fin immédiate de l’austérité et le rétrécissement de l’état social, au profit du monde du travail et de la culture dans toute l’Europe. Les premiers à se rendre aux urnes doivent être les victimes de cette crise, les jeunes et les femmes. Que les pionniers du changement en Europe soient issus des chômeurs. Parce que, dans quelques jours, nous avons une occasion qui ne se présente qu’une seule fois par génération, celle de rendre l’Europe meilleure. Nous devons la saisir.

HD. Vous avez multiplié les déplacements en Europe, comment appréciez-vous la situation économique et sociale de l’UE ?

Alexis Tsipras. La gestion de la crise a accentué la crise ellemême. Elle a aggravé le problème initial qu’elle était supposée résoudre, à savoir la dette colossale de la zone euro, tandis que parallèlement la crise s’amplifiait et passait de purement financière à sociale, humanitaire et environnementale. Et conduisait au recul de la démocratie. En quatre ans, l’Europe d’après-guerre a été déstructurée. Les conséquences de cette gestion sont visibles. Un chômage très élevé chez les jeunes frappe tous les pays d’Europe, tandis que, sous la menace du chômage, la précarité de l’emploi par la violation des droits du travail devient la règle. Il y a une pauvreté, une récession dramatique, une perte importante de revenus, un démantèlement de l’État providence et des droits collectifs, une accentuation des inégalités et la redistribution de richesses et de puissances au profit de l’oligarchie financière.

HD. Quels seront les grands axes de votre politique ? Qu’allez-vous défendre au Parlement européen ?

Alexis Tsipras. Tout d’abord, ma candidature, au nom de la Gauche européenne, à la présidence de la Commission européenne, dépasse le clivage Nord-Sud. Elle unit les peuples et les pays que la gestion de la crise néolibérale divise. La Gauche européenne a pour objectif une Europe démocratique, sociale et écologique. Nous nous battrons pour mettre en pratique la réorganisation démocratique des institutions de l’Union européenne, le remaniement écologique de la production et la réforme du cadre européen en matière d’immigration. Ce sont les trois grands axes de notre politique. Dans ce contexte : – nous soutenons l’abolition immédiate de l’austérité et des mémorandums et la relance coordonnée de l’ensemble des économies européennes ; – nous voulons une véritable Banque centrale européenne, agissant comme prêteur en dernier ressort, non seulement pour les banques mais aussi pour les États ; – nous croyons que l’Europe a besoin de sa propre loi Glass-Steagall, afin de séparer les activités commerciales et d’investissement des banques, et d’éviter cette fusion dangereuse de risques en une seule entité incontrôlée ; – nous voulons une législation européenne efficace pour taxer les activités économiques et entrepreneuriales offshore ; – nous soutenons la résolution collective, fiable et décisive de la crise de la dette de la zone euro par l’organisation d’une conférence européenne de la dette, similaire à celle organisée à Londres en 1953 pour la dette de l’Allemagne. À la place d’une Europe qui redistribue les revenus aux riches et la peur aux pauvres, nous proposons notre propre Europe de la solidarité, de la sécurité économique et sociale, de l’emploi et de la prospérité.

 

HD. Quelles sont, selon vous, les premières mesures d’urgence à prendre au niveau de la gouvernance européenne ?

Alexis Tsipras. Libérer l’Europe de l’austérité sera une victoire au symbolisme puissant et aux prolongements politiques profonds. Par conséquent : – nous devrons retirer la Commission européenne de l’institution de la troïka, dans chaque pays où elle est en application ; – nous devrons geler les négociations avec les États-Unis sur le partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (TAFTA) ; – nous devrons abolir le cadre institutionnel de la gouvernance économique imposé par le rapport actuel des forces politiques en Europe. Parallèlement, nous commencerons la réorganisation démocratique de la Commission européenne, en assurant la transparence de son fonctionnement, mais aussi la participation des citoyens à la prise des décisions qui les concernent, afin de faire face au déficit démocratique.

HD. Est-il possible de mettre en échec le TAFTA que vous évoquiez à l’issue du scrutin européen ?

Alexis Tsipras. Ce traité conduit à la dévalorisation de la démocratie. Nous ne pouvons concevoir un traité commercial qui donne la priorité à des investisseurs privés par rapport aux gouvernements démocratiquement élus, quand ils jugent que leurs « droits » sont touchés par un changement de la politique économique et d’investissement. Avec la Gauche européenne à la présidence de la Commission européenne il n’y aura pas d’accord commercial avec un tel contenu. Et il est évident que nous ferons appel au référendum pour des choix cruciaux pour la vie des citoyens de l’Union.

HD. Quelle est votre position sur l’euro ?

Alexis Tsipras. Comme vous le savez, l’abandon de la monnaie commune et la concurrence monétaire entre les États et les peuples de l’Europe ne sont pas notre choix. Nous ne sortirons de la crise ni par une dévaluation interne, comme le veulent les mémorandums, ni par une dévaluation monétaire. Nous sortirons de la crise par l’effacement de dettes et par un nouveau pacte social, avec un new deal européen pour financer la croissance, renforcer l’emploi et la cohésion sociale.

HD. Les libéraux européens citent l’Espagne, l’Italie et la Grèce comme des symboles de la réussite des politiques d’austérité, qu’avez-vous envie de leur répondre ?

Alexis Tsipras. Je réponds par quelques chiffres qui prouvent que l’austérité néolibérale en Grèce est un crime. Selon les éléments de la Commission européenne, la pauvreté en Grèce est hors de contrôle : 34,6 % de la population grecque est menacée par la pauvreté et l’exclusion sociale. Ce pourcentage a augmenté de cinq points durant la période 2008-2012. C’est le quatrième plus haut taux dans l’Union européenne derrière la Roumanie, la Bulgarie et la Lettonie. La pauvreté des travailleurs concerne 15 % de la population. Six personnes sur dix ne vont jamais chez leur médecin parce qu’elles n’ont pas d’argent. Trois millions de personnes, sur une population totale de onze millions, n’ont pas d’assurance santé. 40 % de la population économise sur la nourriture pour acheter ses médicaments. Selon le rapport de l’Institut du travail de la GSEE pour 2013, à la fin de l’année, le chômage a atteint le niveau de 1961, soit environ 30 %. En 2014, il atteindra 31,5 %. Le niveau de vie des citoyens s’est dégradé d’au moins 50 % par rapport à celui de 2008 à cause de la diminution des salaires, des retraites, et aussi à cause des charges fiscales. La demande intérieure a diminué de 31,3 % entre 2009 et 2013, revenant au niveau de 1999. En quatre ans d’application, le mémorandum a plongé l’économie grecque dans une récession profonde et qui perdure. Concrètement, la récession due au mémorandum a dépassé 2,2 % rien qu’en 2013, contre une récession totale de 3,3 % pour 2008 à 2009. Globalement, la Grèce a perdu plus d’un quart du revenu national d’avant la crise. Pour 2014, l’OCDE prévoit une récession de 0,3 % pour l’année et reporte la croissance à 2015 – et ça sous conditions. Ce même mémorandum a propulsé la dette publique à un niveau très élevé, sans précédent et non viable. Il l’a augmentée d’environ 50 % en pourcentage du PIB. Elle atteint aujourd’hui 176 % du PIB.

HD. Quelles leçons tirez-vous de la crise ukrainienne ?

Alexis Tsipras. L’Europe, malheureusement, expérimente à nouveau en Ukraine l’arsenal de la guerre froide.

 

Elle a très vite oublié qu’elle en a été la plus grande victime. Comme elle a aussi oublié aussi que ses fondateurs l’avaient conçue pour être le garant de la paix dans l’Europe d’après-guerre. Et le chemin de la paix c’est le dialogue, pas les sanctions. C’est pourquoi nous demandons à toutes les parties impliquées, à l’OTAN, aux États-Unis et à la Russie, d’éviter tout mouvement d’escalade de la crise. Toutes les parties doivent immédiatement cesser les menaces et l’usage de la force. Et pour qu’il n’y ait pas de nouvelles annexions en violation du droit international, il faut que cessent immédiatement les opérations de la garde nationale dans l’est de l’Ukraine. Que les néonazis soient écartés du gouvernement de transition de l’Ukraine. Que les forces de l’OTAN se retirent des pays voisins de la Russie. Que les forces russes se retirent des frontières de l’Ukraine. Un nouvel Helsinki est urgent, une nouvelle conférence pour la création d’un système de sécurité collective en Europe, avec la participation de la Russie dans le cadre de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). Une conférence sans gagnants ni perdants. L’Ukraine unifiée, éventuellement sous la forme d’une fédération si ses citoyens le choisissent, peut être un pont entre l’Est et l’Ouest. L’Union européenne n’a pas à pousser l’Ukraine à choisir un camp.

 

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Pour mieux comprendre :nationaliser : l’Europe l’interdit-elle? rappel d’un article de la REVUE DU PROJET DE 2013

Avoir le courage de nationaliser
Entretien avec Jacky Hénin*
Léo Purguette : Les salariés de Petroplus revendiquent la nationalisation de leur entreprise. Les règles de l’Union européenne l’interdisent-elles ?
Jacky Henin : D’abord, ce que les salariés réclament est une très bonne chose. Ils proposent ni plus ni moins de rendre à la France sa capacité à être en permanence indépendante. Dans la situation actuelle, c’est tout le contraire : le raffinage dans notre pays est entièrement tributaire du privé. Les salariés savent que face aux décisions des grands groupes déconnectés des intérêts de la population et du pays, des nationalisations doivent intervenir. Quant à l’Europe qu’elle soit d’accord ou pas, le fond du problème n’est pas là. Serait-elle prête à engager un bras de fer avec la France, pays fondateur, important contributeur, peuplé de 65 millions d’habitants ? Il faut avoir du courage et de l’ambition pour notre peuple !
L. P. : Selon vous, l’Union européenne serait donc l’alibi d’une gauche timorée ?
J. H. : C’est plus qu’un alibi puisque la gauche social-démocrate tout en prétendant arrondir les angles, admet, prolonge, renforce les logiques d’austérité prônées sur le plan européen. Cette gauche-là doit comprendre qu’elle mène la France dans le mur en poursuivant sur cette lancée. L’Europe telle qu’elle a été conçue permet un double profit aux capitalistes : en délocalisant les productions hors du continent où elles seront finalement consommées et en domiciliant leur siège dans un pays de l’Union à la fiscalité minime. Résultat : chômage, perte des savoir-faire, dégradation du pouvoir d’achat, désertification industrielle… C’est cela qu’il faut combattre de front, cela implique d’en avoir l’ambition et de s’en donner les moyens. Les nationalisations en font partie.
L. P. : Cela suppose-t-il de changer les statuts de la Banque centrale européenne (BCE) pour mobiliser l’argent au service d’une nouvelle politique ?
J. H. : Il ne s’agit pas de modifier quelques méthodes de travail à la marge. Il faut mettre complètement à plat les règles qui régissent la BCE, à commencer par son indépendance. C’est une fumisterie de ceux qui veulent utiliser l’Europe comme une garantie de leurs politiques libérales. La BCE doit être placée sous la responsabilité des politiques et l’ensemble de son action tournée vers l’objectif de soutenir un développement porteur de justice sociale, fiscale et environnementale.
L. P. : Comment imaginez-vous les relations entre les secteurs nationalisés de chaque pays dans une Europe profondément transformée ? Coopération ? Mise en réseau ? Intégration ? Y a-t-il des secteurs qu’il faudrait « européaniser » ?
J. H. : Le secret de la réussite réside dans le principe de coopération. Travaillons, réfléchissons ensemble, c’est ça la clef. Airbus, Ariane Espace, tout ce que l’Europe a produit de mieux c’est dans la coopération qu’elle l’a fait. Si on veut – non pas faire un maximum de fric – mais satisfaire les besoins de 500 millions d’hommes et de femmes qui habitent ce continent, c’est, me semble-t-il, la seule voie.
Assurer à chacune et chacun une vie digne et sortir nos peuples de la crise actuelle qui est celle du système capitaliste, cela passe par la prise de contrôle, dans l’industrie notamment, d’entreprises stratégiques.
Nous sommes dans une situation comparable d’une certaine façon à 1789. Il est temps d’abolir les privilèges qui existent aujourd’hui.

*Jacky Hénin est député européen (PCF), membre de la commission Industrie, recherche et énergie du parlement européen.

La Revue du projet, n° 27, mai 2013
 

HOLLANDE-VALLS : L’AUSTÉRITÉ SANS HÉSITATION

HOLLANDE – VALLS

L’AUSTERITE SANS HESITATION

50 milliards de coupes budgétaires, les cadeaux aux patrons qui continuent, les services publics à la moulinette… plus personne ne peut décemment nommer de gauche le pacte de responsabilité du gouvernement. A l’assemblée nationale, l’hostilité à ce projet a traversé tous les groupes de gauche, y compris le groupe socialiste. Tous les députés Front de gauche et une grande majorité d’EELV ont voté contre. 41 députés socialistes ont refusé de le cautionner. Ce plan n’a pu passer qu’avec la complicité du centre. La droite en a fait l’éloge. Pas étonnant, il s’inscrit dans le droit fil de la politique de Nicolas Sarkozy.

Manuel Valls est passé sur l’autre rive en assumant une politique de droite

 

A la tribune de l’Assemblée nationale, le Premier ministre a répondu à la fronde de députés socialistes par quelques aménagements cosmétiques mais l’affront à notre pays, aux familles, aux fonctionnaires et aux retraités est assumé crânement.

Pour la première fois sous la V° République, un chef de gouvernement issu d’une majorité parlementaire de gauche défend une politique dont la droite et le patronat avaient rêvé sans jamais espérer aller aussi loin, aussi brutalement.

Un âge d’or pour les entreprises, sans contre-partie, payé sur le dos du monde du travail et des plus fragiles. Une hémorragie de 50 milliards d’euros dans la dépense publique et sociale pour moins de service public, de solidarité et d’égalité de traitement, le dynamitage en règle de la protection sociale et de la démocratie locale.

Il n’y aura pas  « d’apaisement » avec une telle orientation comme y invite M.Valls mais une aggravation rapide et dangereuse de la crise politique, sociale et économique. « Ce qui empêche d’installer la confiance », c’est une politique de droite alors que le changement, en 2012, avait été annoncé à gauche. Le premier ministre lui est passé sur l’autre rive en assumant une politique de droite : celle d’une austérité à perpétuité.

 

CONTRE LA LOI DE LA FINANCE EN FRANCE COMME EN EUROPE

L’HUMAIN D’ABORD

LE 25 MAI VOTONS FRONT DE GAUCHE

 

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