CRISE FINANCIERE

Dominique Plihon « La crise actuelle montre l’échec des politiques d’austérité en Europe »

 

Économiste, président du conseil scientifique d’Attac, Dominique Plihon défend des pistes pour « désarmer les marchés », débattues à l’université des Attac d’Europe.

Chute des Bourses, banques fragilisées, risque de nouvelle récession… Est-on revenu au scénario de la crise de 2008 ?

Dominique Plihon. La situation actuelle est plus grave. En 2008, 
les gouvernements avaient fait 
des plans de sauvetage des banques et des plans de relance, qui ont été à l’origine de l’explosion 
de la dette publique ; aujourd’hui, ce n’est plus possible. D’autre part, la crise actuelle montre l’échec 
des politiques d’austérité 
qui ont été mises en œuvre après 
les plans de relance. Dans la logique néolibérale, ils ont épuisé toutes leurs recettes, et ils sont piégés dans leurs contradictions. Du coup, il y a une grande inquiétude de tous les acteurs, ceux des marchés, mais aussi ceux de la sphère réelle, les ménages et les entreprises, qui font des anticipations pessimistes. On pourrait entrer dans une nouvelle spirale récessive très dangereuse.

Les nouvelles cures d’austérité menacent la croissance. Comment sortir de ce piège?

Dominique Plihon. Pour nous, 
la solution se trouve plus du côté des recettes que des dépenses. 
On ne sortira pas de cette crise 
sans une réforme fiscale. 
En France, cela veut dire boucher tous les trous fiscaux, les « niches », qui représentent 74 milliards d’euros, soit la moitié du déficit. L’essentiel de ces niches visant 
à réduire l’impôt sur les sociétés 
et à favoriser les classes sociales 
les plus aisées. Évidemment, celles-ci ne veulent pas ouvrir un tel chantier. On parle de raboter 
3 ou 5 milliards de niches fiscales, c’est ridicule.

Nicolas Sarkozy tente de focaliser 
les débats sur l’imposition de la « règle d’or » de l’équilibre budgétaire…

Dominique Plihon. C’est une aberration politique et économique. Le rôle de l’État, 
c’est de faire de l’investissement 
de long terme et, de ce fait, 
par nature, le budget de l’État 
est déficitaire. La « règle d’or », c’est ramener l’État à un rôle 
où il se contenterait d’avoir 
des fonctions purement régaliennes. Ce serait une formidable régression, que veulent les néolibéraux, et qui contamine certains rangs du parti socialiste. D’autant plus dramatique 
que nous devons faire des dépenses considérables pour opérer 
la transition écologique.

À l’université d’été des Attac d’Europe, qui vient de se tenir à Fribourg, 
vous avez mis en avant la nécessité 
de « désarmer », et non de rassurer, les marchés financiers. Comment 
y parvenir?

Dominique Plihon. Nous sommes devant un problème de démocratie. Dans le monde, il y a une cinquantaine de très grands groupes financiers - à l’image de BNP-Paribas, Goldman Sachs, Citygroup, Deutschebank, etc -, tellement puissants qu’ils ont neutralisé l’ensemble des décideurs, 
les gouvernements et les régulateurs. Ce qui explique pourquoi 
il n’y a pas de réforme vraiment significative. Il s’agit de réduire le pouvoir de ces grands groupes, notamment en fixant une limite 
à leur taille, en séparant 
les activités de banque de détail 
de la banque d’investissement. Nous demandons la constitution d’un pôle public, bancaire et financier, non seulement en France mais 
à l’échelle européenne, regroupant les banques et d’autres acteurs, 
du type de la Caisse des dépôts. Nous allons aussi lancer une campagne pour que les banques coopératives, qui sont devenues des banques quasiment capitalistes, reviennent à leurs missions initiales, financer les PME, les ménages, 
sans prendre de risques.

Quid de votre revendication 
d’une taxation des transactions financières ?

Dominique Plihon. Nous constatons, qu’avec la crise, la pression de l’opinion publique et des mouvements politiques et sociaux, les autorités préparent des textes qui vont dans notre sens. 
La Commission européenne, qui 
a toujours été opposée à toute idée de taxation des transactions, vient de mettre en chantier une directive sur ce sujet. Pour nous, ce doit être un instrument de lutte contre 
la spéculation. Mais la Commission veut en faire un instrument purement budgétaire, avec un taux extrêmement faible, pour abonder le budget européen.

On évoque le risque d’un éclatement de la zone euro…

Dominique Plihon. Elle risque d’imploser, car ses fondements sont viciés à la base. Il faut absolument préserver l’euro, 
mais le réformer de l’intérieur d’une manière radicale, c’est-à-dire avoir des politiques pour désarmer les marchés, un contrôle financier très strict, une véritable politique budgétaire et fiscale 
à l’échelle de l’UE, avec un impôt européen, etc. Le pacte pour l’euro tourne le dos à cette Europe-là.

Entretien réalisé par Yves Housson publié dans l’Humanité du 16 aout

 


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