Archive pour août, 2011

LES INDIGNÉS ISRAELIENS

Schlomo Sand,historien & écrivain israélien « Contester les dépenses militaires et coloniales »
Comment voyez-vous le mouvement 
de protestation sociale ?

Schlomo Sand. Le néolibéralisme sauvage qui sévit en Israël n’est qu’une partie du vrai problème. La crise mondiale qui touche également Israël ne peut être atténuée qu’avec une autre politique économique qui toucherait l’armée et les colonies. Il s’agit donc de savoir si une partie 
au moins de ce mouvement va remettre en question 
la dépense militaire et la dépense coloniale dont le coût pour l’économie israélienne est énorme. Pour le moment, les slogans restent au niveau populiste : prendre aux riches pour le donner aux pauvres. Si on reste à ce niveau-là, 
je ne crois pas qu’on aboutira à quelque chose 
de politiquement positif.Je pense néanmoins que face aux problèmes du XXIe siècle, on est de plus en plus limité avec les réponses du XXe siècle ! La jeunesse à Madrid, par exemple, a posé la question de savoir ce qu’est la gauche, ce qu’est la droite aujourd’hui, face à la politique des socialistes espagnols. Idem en Grèce. On voit que les Partis socialistes qui arrivent au pouvoir ne changent rien 
du tout, nulle part. Ce qui doit nous pousser à des réflexions plus approfondies sur les grands problèmes du XXIe siècle. Est-ce qu’on va enfin parler des véritables dépenses de l’État d’Israël, poser les questions sur la vraie nature de l’économie israélienne ?

 

Est-ce que ce mouvement reflète quelque chose de plus profond au sujet de la société israélienne ?

Schlomo Sand. Il y a une couche de la petite bourgeoisie, d’intellectuels qui veulent vivre comme à New York, Paris 
ou Berlin. Mais l’économie réelle ne peut pas leur offrir ça. 
La chose positive de ce mouvement est que ces jeunes n’ont pas pris en considération le discours sioniste. Cela parce que depuis longtemps il n’y a pas eu de guerre 
ni de terreur en Israël, ce qui laisse une partie de 
la société s’exprimer socialement, à la différence d’hier. Le grand problème est qu’il n’y a pas une vraie et grande opposition de gauche en Israël. Donc je ne pense pas que quelque chose change dans l’immédiat. Ce qui manque c’est ce pont entre une masse de juifs israéliens et une masse d’Arabes israéliens qui veulent vivre dans un État démocratique et pas dans un État juif.

Entretien réalisé par Pierre Barbancey pour l’Humanité

CRISE FINANCIERE

Dominique Plihon « La crise actuelle montre l’échec des politiques d’austérité en Europe »

 

Économiste, président du conseil scientifique d’Attac, Dominique Plihon défend des pistes pour « désarmer les marchés », débattues à l’université des Attac d’Europe.

Chute des Bourses, banques fragilisées, risque de nouvelle récession… Est-on revenu au scénario de la crise de 2008 ?

Dominique Plihon. La situation actuelle est plus grave. En 2008, 
les gouvernements avaient fait 
des plans de sauvetage des banques et des plans de relance, qui ont été à l’origine de l’explosion 
de la dette publique ; aujourd’hui, ce n’est plus possible. D’autre part, la crise actuelle montre l’échec 
des politiques d’austérité 
qui ont été mises en œuvre après 
les plans de relance. Dans la logique néolibérale, ils ont épuisé toutes leurs recettes, et ils sont piégés dans leurs contradictions. Du coup, il y a une grande inquiétude de tous les acteurs, ceux des marchés, mais aussi ceux de la sphère réelle, les ménages et les entreprises, qui font des anticipations pessimistes. On pourrait entrer dans une nouvelle spirale récessive très dangereuse.

Les nouvelles cures d’austérité menacent la croissance. Comment sortir de ce piège?

Dominique Plihon. Pour nous, 
la solution se trouve plus du côté des recettes que des dépenses. 
On ne sortira pas de cette crise 
sans une réforme fiscale. 
En France, cela veut dire boucher tous les trous fiscaux, les « niches », qui représentent 74 milliards d’euros, soit la moitié du déficit. L’essentiel de ces niches visant 
à réduire l’impôt sur les sociétés 
et à favoriser les classes sociales 
les plus aisées. Évidemment, celles-ci ne veulent pas ouvrir un tel chantier. On parle de raboter 
3 ou 5 milliards de niches fiscales, c’est ridicule.

Nicolas Sarkozy tente de focaliser 
les débats sur l’imposition de la « règle d’or » de l’équilibre budgétaire…

Dominique Plihon. C’est une aberration politique et économique. Le rôle de l’État, 
c’est de faire de l’investissement 
de long terme et, de ce fait, 
par nature, le budget de l’État 
est déficitaire. La « règle d’or », c’est ramener l’État à un rôle 
où il se contenterait d’avoir 
des fonctions purement régaliennes. Ce serait une formidable régression, que veulent les néolibéraux, et qui contamine certains rangs du parti socialiste. D’autant plus dramatique 
que nous devons faire des dépenses considérables pour opérer 
la transition écologique.

À l’université d’été des Attac d’Europe, qui vient de se tenir à Fribourg, 
vous avez mis en avant la nécessité 
de « désarmer », et non de rassurer, les marchés financiers. Comment 
y parvenir?

Dominique Plihon. Nous sommes devant un problème de démocratie. Dans le monde, il y a une cinquantaine de très grands groupes financiers - à l’image de BNP-Paribas, Goldman Sachs, Citygroup, Deutschebank, etc -, tellement puissants qu’ils ont neutralisé l’ensemble des décideurs, 
les gouvernements et les régulateurs. Ce qui explique pourquoi 
il n’y a pas de réforme vraiment significative. Il s’agit de réduire le pouvoir de ces grands groupes, notamment en fixant une limite 
à leur taille, en séparant 
les activités de banque de détail 
de la banque d’investissement. Nous demandons la constitution d’un pôle public, bancaire et financier, non seulement en France mais 
à l’échelle européenne, regroupant les banques et d’autres acteurs, 
du type de la Caisse des dépôts. Nous allons aussi lancer une campagne pour que les banques coopératives, qui sont devenues des banques quasiment capitalistes, reviennent à leurs missions initiales, financer les PME, les ménages, 
sans prendre de risques.

Quid de votre revendication 
d’une taxation des transactions financières ?

Dominique Plihon. Nous constatons, qu’avec la crise, la pression de l’opinion publique et des mouvements politiques et sociaux, les autorités préparent des textes qui vont dans notre sens. 
La Commission européenne, qui 
a toujours été opposée à toute idée de taxation des transactions, vient de mettre en chantier une directive sur ce sujet. Pour nous, ce doit être un instrument de lutte contre 
la spéculation. Mais la Commission veut en faire un instrument purement budgétaire, avec un taux extrêmement faible, pour abonder le budget européen.

On évoque le risque d’un éclatement de la zone euro…

Dominique Plihon. Elle risque d’imploser, car ses fondements sont viciés à la base. Il faut absolument préserver l’euro, 
mais le réformer de l’intérieur d’une manière radicale, c’est-à-dire avoir des politiques pour désarmer les marchés, un contrôle financier très strict, une véritable politique budgétaire et fiscale 
à l’échelle de l’UE, avec un impôt européen, etc. Le pacte pour l’euro tourne le dos à cette Europe-là.

Entretien réalisé par Yves Housson publié dans l’Humanité du 16 aout

DETTE COMMENT EVITER LE PIÈGE

La section de Narbonne du Parti Communiste français communique :

 

Voulant inscrire «  l’Austérité » dans la Constitution , N Sarkozy affirme que la question de la dette ne serait « ni de droite ,ni de gauche » .

Pourtant , il y a bien une façon de droite de la traiter : tailler dans les budgets utiles voire vitaux pour les populations !

Cela ne règle rien car cette dette n’est pas due à une excès de dépenses sociales mais plutôt à une insuffisance de ressources publiques ….Et son explosion n’est pas seulement liée à la crise : les politiques des gouvernements « Sarkozy » comme la gestion de l’Europe par les dirigeants de droite ou sociaux-démocrates en portent une responsabilité !

Ainsi , par exemple , la baisse des recettes de l’impôt sur les revenus n’est pas seulement une conséquence de la crise . Les mesures gouvernementales en faveur des hauts revenus y ont contribué…..

On pourrait rappeler encore que le Conseil des prélèvements obligatoires révélait en octobre dernier un manque à gagner de 172 milliards d’euros (!) pour les finances publiques , dû aux multiples exonérations de contributions fiscales et sociales allouées aux entreprises sans impact positif sur l’emploi !

Y a-t-il un autre traitement possible de gauche ?

Peut-on se contenter de proposer , comme le font certains candidats socialistes , de  « partager l’effort »?

Les salariés, les retraités, les chômeurs ont déjà donné .

Un constat s’impose : partout où l’austérité a été mise en œuvre , la situation s’est dégradée !

En vérité , faire de la dette la question majeure d’une éventuelle relance , c’est déjà tomber dans un piège : celui de l’austérité et donc de la récession économique , de la régression sociale…

Car il y a de bonnes ou mauvaises dettes .

S’endetter pour mener la guerre en Lybie ,c’est du gâchis de fonds publics .

Par contre , s’endetter pour promouvoir le développement humain ( éducation ,formation , recherche…) c’est investir dans l’avenir pour accroître le niveau et l’efficacité de la production de richesses !

Par ailleurs , les réformes fiscales , les plus audacieuses ,si nécessaires soient-elles , ne pourront à elles seules sortir le pays de la crise .

L’essentiel est de ne pas se tromper sur le diagnostic : cette crise est bien celle de la spéculation financière qui fragilise les finances publiques et affaiblit nos potentiels économiques !

C’est sur cette question cruciale d’une rupture avec la dépendance des marchés financiers et des choix d’austérité que la gauche doit se différencier des politiques menées aujourd’hui dans toute l’Europe ,de la France à la Grèce , de la Grande Bretagne à l’Espagne….

Cela implique notamment de revoir fondamentalement les missions et le pouvoir sans contrôle de la Banque Centrale Européenne . De créer dans notre pays un pôle financier public passant par des nationalisations de banques et développant un crédit à taux bonifiés pour les investissements favorables à l’emploi ou à la formation . De transformer radicalement les institutions mondiales et aller vers une nouvelle monnaie commune se dégageant de l’emprise du dollar et de la spéculation .Etc

 

Voilà des propositions et des pistes de réflexion que le Pcf et le Front de gauche mettent en débat pour construire une véritable alternative à gauche!

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