La vidéo-surveillance dans l’espace public est-elle la bonne solution ?

Jean-Pierre Maisterra, ancien conseiller municipal communiste de la ville de Narbonne, communique à titre personnel :
Les problèmes réels des commerçants du centre-ville (vols et actes de vandalisme) et leur ressenti d’insécurité ont donné l’occasion au maire de Narbonne d’annoncer l’installation de la vidéo surveillance en 2011. Je constate que, dans ce domaine, ce n’est pas le temps de la réflexion mais toujours l’immédiateté de l’émotion qui sert de base nationalement à des législations sans fin dans une visée toujours plus sécuritaire et aujourd’hui, localement, à une annonce allant dans cette logique. Je remarque encore que le gouvernement qui promeut la vidéo surveillance fait pression sur les collectivités pour sa mise en place, se fixe comme objectif de tripler le nombre de caméras dans les centres-villes, c’est le même qui supprime des dizaines de milliers d’emplois publics dans les secteurs éducatifs, préventifs, dissuasifs en matière de sécurité. Narbonne et le Narbonnais n’échappent pas à ce choix. Moins d’argent pour les structures de quartier, aucun recrutement d’éducateur de rue, insuffisance voire réduction des postes d’enseignants, de policiers, de gendarmes… Mais la vidéo surveillance en coeur de ville ! Réfléchissons ! Ce système porte en lui-même de sacrées limites ! Je ne serai pas contredit en affirmant qu’il n’est pas possible -heureusement !- d’installer des caméras partout. Et pourtant, une voiture brûlée dans un quartier périphérique, des boîtes aux lettres dégradées dans une résidence HLM, des tags inscrits sur le mur d’une villa ou d’un bâtiment public… sont aussi préjudiciables et inacceptables qu’une vitrine brisée d’un commerce ! Mais ce système coûteux, est-il seulement efficace ? J’ai posé cette question il y a plus d’un an : elle est restée sans réponse. Les études, dont j’ai pu me procurer les conclusions, mettaient en avant que ce type de surveillance n’avait permis d’éviter que 3 % des délits sur la voie publique. Et en Angleterre, là où la vidéo surveillance a été en pointe, la police britannique reconnaît son fiasco ! Y aurait-il du nouveau depuis ? Les villes qui l’ont expérimentée sont-elles devenues des « îlots de sécurité », des « oasis de tranquillité » ? Cela se saurait ! Mais ce qui est plus grave, c’est que ce mode de surveillance de l’espace public s’inscrit dans une politique qui tente à faire croire que cela peut compenser la présence éducative ou dissuasive, le lien de proximité avec les populations, l’intervention humaine adaptée et compétente disparue avec les suppressions d’emplois dans la police, l’enseignement ou les structures sociales. Pire, il est un élément d’une idéologie sécuritaire qui installe l’acceptation qu’il serait normal que nous soyons filmés sans notre assentiment parce que nous serions considérés comme potentiellement suspect (de quoi ?). Certains plus que d’autres : le jeune avec son exubérance, le SDF qui mendie avec son chien… C’est une telle idéologie qui crée et alimente les sentiments de crainte et d’insécurité, les attitudes de suspicion et de rejet… On est loin d’une conception ouverte du vivre ensemble. Je reconnais qu’il est plus facile -électoralement parlant- de gérer dans le sens de la pensée dominante que d’avoir le courage -politique- d’y faire face sur des positions critiques et des constructions alternatives. Dernière observation : si une telle annonce avait été faite il y a quelques années, certaines personnes, certaines associations se seraient déjà fait entendre. Aujourd’hui, je ne perçois que leur silence : cela m’inquiète !

 


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